Le rapport aux toilettes et à l’eau (première partie)


Pendant longtemps les hommes ont confié à la nature le soin de « digérer » leurs déchets sans connaissance de cause et d’effet. En ce sens, tous les déchets qui ne pouvaient être récupérés, transformés ou utilisés étaient enfouis, brûlés ou laissés à la décomposition (exemple : matières excrémentielles, dépouille humaine). Ce type de pratique était réalisable surtout en milieu rural. Avec le développement du mode de vie citadin se traduisant par une densité de population de plus en plus forte en un même lieu, le cycle « naturel » a été quelque peu brutalisé. Jusqu’au début du Xe siècle, les hommes vécurent dans des villes dont la propreté et l’hygiène laissaient à désirer. On y jetait et entassait tous types d’ordures sur la voie publique. C’est avec l’avènement du roi Philippe Auguste (1165-1223) qu’en 1185 ce dernier ordonna de paver les rues principales et de créer des canaux et fossés centraux afin d’assainir certains quartiers de Paris dont les odeurs devenaient insupportables. Cependant, malgré la mise en place de nombreux décrets royaux depuis le Moyen Age pour demander à la population des villes d’être plus soigneuse de leur environnement public, les habitants, par habitude, continuaient de jeter leurs immondices où bon leur semblait. C’est ce qui entraîna par exemple l’épidémie de peste dont le principal vecteur fut l’eau de la Seine souillée par les habitants de Paris. Précisons toutefois, comme le souligne Roger Henri GUERRAND[1], qu’au Moyen Age, les individus pour des raisons tant morales qu’hygiéniques n’acceptaient pas la saleté sur eux et dans leurs habitations. C’est à cette période de l’histoire que sont apparues les « étuves », ces espaces balnéaires privés. En 1292, à Paris, 26 étuves furent ainsi répertoriées, tandis que la capitale comptait alors environ 250 000 habitants. Mais sous l’influence de la médecine, cette nouvelle tendance des eaux ne dura pas. En effet, suite à la découverte des Amériques, les médecins français craignaient la contagion syphilitique. Les étuves ont été ainsi presque toutes fermées. On n’en comptait plus que 10 à la veille de la Révolution Française. La peur de l’eau s’installa ainsi dans toutes les couches sociales de la population française. C’est à cette même époque qu’apparurent avec frénésie les produits cosmétiques accompagnant les nouvelles pratiques de la « toilette sèche» consistant à se frotter le corps en contact avec du linge sec. « Pour le docteur Jaquelot, auteur de L’Art de vivre longtemps (1630), la toilette matinale doit être des plus succinctes : brosser la tête d’avant en arrière, curer les oreilles, frotter les dents avec une racine de guimauve, laver les mains. » (Les avatars des soins hydriques en France – R H Guerrand, 2002). Se laver avec de l’eau était donc une entrave à l’hygiène corporelle. Il faut attendre 1739 pour voir apparaître le fameux bidet inventé par Rémy Péverie, maître tourneur à Paris. Cet ustensile créé pour les soins intimes des dames de haut rang connu un succès sans précédent. C’est au siècle des lumières que les médecins se reprenaient à considérer la propreté corporelle obtenue par ablutions comme une technique efficace pour la santé. Toutefois, un certain scepticisme perdure quant à l’immersion complète du corps dans l’eau.

[1] « Les lieux, histoire des commodités », R H Guerrand, 1985 aux éditions La Découverte